De l'antisionisme d'Etat à la satellisation de l'Europe

Publié le par Association France Israël Marseille

par Jean-Pierre Bensimon pour Un autre regard sur  le Proche-Orient  N° 5 Janvier 2012

àl'orée de l'année 2012, au moment où le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), cette grosse machine anti israélienne, donne des signes d'essoufflement, voila que l'antisionisme d'État, celui qui émane des cercles du pouvoir, prend le relais de la propagande de détestation de l'état Hébreu en Europe.

Première illustration. L'Union Interparlementaire (IPU), l'organisation internationale des Parlements qui siège en Suisse, vient d'inviter à Genève pour une conférence, un groupe de responsables du Hamas dont Musheer al-Masri, le porte parole officiel de cette organisation. Le secrétaire général de l'IPU, Anders B. Johnsson s'était pourtant engagé à ne pas recevoir des membres de ce groupe classé comme terroriste par l'Union européenne. Il est à noter que la Knesset cotise à hauteur de 350.000 shekel à cette Union et que Al Masri a publiquement préconisé qu'elle en soit exclue.

Trois rapports coup sur coup de l'Union européenne ensuite. Tous trois sont confidentiels et ils ont pour fonction de pousser à l'unification des politiques de l'Union sur la question de Proche-Orient.

Le premier rapport, de juillet 2011, émane des missions diplomatiques européennes en Israël. Il traite de "La zone C et l'édification de l'état palestinien". On sait que l'Accord dit Oslo II de septembre 1995, distingue en Cisjordanie une zone A sous pleine souveraineté palestinienne, une zone B de souveraineté mixte, et une zone C sous contrôle civil et sécuritaire israélien. Cette zone C est désertique (moins de 6% des Palestiniens y vivent) et elle couvre des emplacements stratégiques comme la Vallée du Jourdain, le canal potentiel d'acheminement d'armes et de combattants au cœur démographique, institutionnel et économique d'Israël. Le rapport préconise le développement économique de cette zone et à l'appui de l'Union européenne à tous projets d'aménagements, d'infrastructures, et de peuplement pris à l'initiative des Palestiniens, par dessus la tête des Israéliens. "Le financement de projets vitaux comme les infrastructures de gestion de l'eau sera réalisé sans dépendre de l'accord des autorités israéliennes." Ce rapport qui n'a même pas été présenté aux Israéliens piétine avec fougue la souveraineté de ce pays. N'est-il pas cocasse de voir l'Union européenne se proposer de violer sans sourciller  l'Accord de 1995 dont elle est signataire et garante ?

Le second rapport de même provenance, de décembre dernier, porte sur les Arabes Israéliens. Il affirme que la "façon dont Israël traite ses minorités est un problème central et non secondaire du conflit israélo-palestinien." Il poursuit : "La situation de la population arabe d'Israël est de façon quantifiable plus mauvaise que celle de sa majorité non arabe en termes de revenus, d'éducation, d'accès au logement et à la propriété". Sur sa lancée le rapport préconisait "une surveillance et des pressions" contre les projets discriminatoires présentés à la Knesset. Cette recommandation a été repoussée sur l'intervention des Pays-Bas, de la Pologne et de la république Tchèque. La France est restée de marbre devant cette ingérence caractérisée dans le fonctionnement d'une démocratie parait-il amie, dont la souveraineté était bafouée. Il faut imaginer que l'ambassade d'Israël s'autorise à émettre des jugements sur le traitement de l'immigration en France et qu'il se propose de faire pression sur l'Assemblée nationale pour mesurer l'ignominie de l'Union européenne à l'égard d'Israël.

Début janvier enfin, est paru le traditionnel rapport annuel sur Jérusalem des consuls généraux des vingt-sept États européens. Un décalque des précédents rapports qui auraient pu être rédigés mot pour mot par les services de M. Omar Barghouti, le grand prêtre du BDS ou par le secrétariat de l'Organisation de la Conférence islamique. " Israël perpétue de façon active l'annexion - de Jérusalem-Est - en affaiblissant systématiquement la présence palestinienne dans la ville, par l'expansion des colonies, une planification restrictive, la poursuite des évictions et démolitions,..." Etc., etc.

Le 10 janvier dernier, en parfaite coordination avec David Cameron, le vice-premier ministre anglais Nick Clegg, cherchant le clash diplomatique, a lancé une flèche envenimée, en assimilant les implantations à du "vandalisme délibéré". Formidable vandalisme qui consiste à construire et non à détruire! Formidable convergence avec la dialectique des "non-vandales" les poseurs de bombes et les égorgeurs sis de la Méditerranée au Jourdain et au-delà ! Comme si les exemples de Yamit ou de Gaza n'avaient pas démontré qu'en fonction de ses engagement ou de sa politique, Israël pouvait quitter des territoires, qu'il ait construit ou pas, construit peu ou beaucoup.

Au delà de cette véritable guerre diplomatique, l'Union européenne intervient de façon structurelle dans le financement local de l'incitation à la haine contre l'état juif, dans le financement de la guerre de harcèlement idéologique mondial des Palestiniens, mais aussi dans le financement des structures des groupes terroristes. Les dépenses européennes pour l'aide aux réfugiés, le soutien à l'édification d'un état palestinien, le fonctionnement de l'Autorité palestinienne, sont largement détournées à cette fin à Ramallah comme à Gaza.

Revient alors la question lancinante des motifs de cet assaut généralisé des démocraties européennes contre Israël, ce rempart devant la barbarie, ce point de lumière et de démocratie, le seul et unique du Moyen-Orient.

On peut y voir un remugle du vieil antisémitisme européen. C'est un facteur certainement présent dans les appareils diplomatiques qui conservent un peu de cette misérable tradition.

On peut y voir la continuation de la capitulation du vieux continent devant l'effrayant terrorisme palestinien doublé du premier choc pétrolier du début des années 70. Les Européens avaient souvent négocié la sanctuarisation de leur territoire contre la liberté de mouvement des terroristes. Transaction vite transformée en collaboration puis en adhésion.

On y voit souvent la poursuite d'intérêts stratégiques mieux servis par une atmosphère de communion antisémite. L'approvisionnement en énergie, l'obtention de chantiers de grands travaux, les ventes d'armes seraient facilités par le doigt pointé en permanence contre Israël.

On invoque moins souvent pour expliquer l'alignement européen sur la propagande palestinienne, l'osmose, l'intrication, l'argent de la corruption, qui lient comme les lèvres et les dents une part des élites européennes aux classes parasitaires des dictatures et théocraties de l'arc sunnite arabe. Les relations de Jacques Chirac avec Rafiq Hariri ou Saddam Hussein, les démêlés judiciaires d'un Boidevaix (un secrétaire général du Quai d'Orsay impliqué dans des trafics et pot-de-vin avec Saddam), les valises de billet circulant à l'élysée, témoignent de la facilité avec laquelle un peu d'argent du pétrole permet d'influencer en leur cœur les centres de pouvoir en Europe.

Enfin, l'Europe prendrait en compte le poids électoral de la "diversité" et  les risques élevés pesant sur sa sécurité intérieure vu l'importance des fortes minorités arabo-musulmanes mal intégrées, et par ailleurs très sensibles aux préjugés véhiculés par la propagande pro-palestinienne.

Mais au-delà de ces motifs de l'alignement de l'Europe, au niveau des états sur les thèmes de la soi-disant souffrance palestinienne, et de son biais anti israélien, un véritable système euro-arabe s'est constitué.

La métaphore est celle de la gravitation en astronomie. Tout se passe comme si l'Orient arabe exerçait sur le cœur de l'Europe des forces d'attraction d'une intensité formidable, dues à la jeunesse de sa population, à son idéologie simpliste mais unifiante et conquérante, et aussi à l'habileté politique de ses élites. L'ensemble du vieux continent se trouve alors entraîné dans une spirale qu'il ne contrôle plus, subissant comme les étoiles capturées par un champ gravitationnel trop intense, des effets de satellisation et la déformation progressive de toutes ses structures. Le biais anti israélien n'est qu'un signe, un symptôme de la digestion désormais accélérée de toute une civilisation par une autre, sommaire mais plus vivace

Jean-Pierre Bensimon

Publié dans Lettre n°5

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