Dilemmes d’Israël: le regroupement familial, droit de l’homme ou suicide national ?

Publié le par Association France Israël Marseille

Un autre regard sur  le Proche-Orient  N° 5 Janvier 2012

 Israël  tient absolument à son statut de démocratie scrupuleuse. Il tient à garantir à ses citoyens des droits rigoureusement égaux, à l’exception du droit au retour des Juifs, à la base de son identité et du projet sioniste. Or, en tant que pays où se côtoient des cultures diverses et où vit une importante minorité arabe liée par de nombreux fils à la grande Oumma plutôt hostile,  il est soumis à une autre contrainte, celle de la survie nationale. La question du regroupement familial  l’oblige à se prononcer sur ses priorités. Cette fois-ci, il revenait à la Cour suprême de trancher.

Israël est face à une question délicate que l’Europe connait bien, la gestion de l’immigration. 2.000 étrangers en détresse économique franchissent irrégulièrement ses frontières tous les mois. Pour ne pas être submergé, ce tout petit pays a pris des mesures d’internement administratif qui ont soulevé la colère des ONG droit-de-l’hommistes. Plus délicat encore, la Cour suprême a statué au début du mois sur la reconduction d’une législation qui encadre très restrictivement le regroupement familial consécutif à un mariage entre Israéliens et Palestiniens.

De nombreuses voix se sont élevées en Israël contre cette « atteinte au principe d’égalité ». A gauche, on a parlé de « discrimination envers les citoyens arabes israéliens ». Effectivement les regroupements familiaux ne concernent que les Arabes israéliens, la seule minorité qui épouse des Palestiniens. Des associations arabes comme Adalah ont dénoncé la « discrimination ethnique ». La présidente de la Cour Suprême, Doris Beinish, leur a même emboité le pas. La Cour s’est d’ailleurs prononcée de justesse pour la reconduction des restrictions (6 voix contre cinq).

Cette législation a été introduite le 1eravril 2002 après l’attentat du restaurant Matza à Haïfa où 16 personnes avaient trouvé la mort. L’auteur du forfait était un Palestinien détenteur d’une carte d’identité israélienne suite à son mariage avec une arabe israélienne. Depuis les accords d’Oslo, 130.000 Palestiniens ont pu ainsi obtenir un droit de résidence et de libre circulation. Ils ont été impliqués dans des activités terroristes dans 54 cas à partir de 2001. La sécurité était donc le motif initial de la prohibition des regroupements.

Aujourd’hui, d’autres raisons sont apparues qui renforcent cette orientation. Une justification démographique d’abord : si on peut considérer le droit à une existence maritale avec un conjoint de nationalité différente dans le pays de citoyenneté comme un droit de la personne, le regroupement familial peut devenir dans les faits une filière d’immigration régulière. On cherche l’âme sœur dans le pays de ses attaches identitaires, et l’on s’établit dans le pays de citoyenneté offrant les avantages économiques les plus appréciables. Le pays d’accueil doit alors assumer les coûts de l’union (assurance maladie, allocations familiales, logement) et les effets d’un divorce éventuel qui enclenche une nouvelle mécanique de regroupement. Plus grave, la composition de sa population est modifiée dans une direction qu’il ne maîtrise pas, compromettant peut-être la vie harmonieuse de sa population.

Comme Israël, de nombreux pays ont introduit des restrictions au regroupement familial et à l’acquisition de la nationalité par le mariage. Entre autres les États-Unis, la Nouvelle Zélande qui a fixé un critère de poids pour prévenir des dépenses de santé, le Danemark, les Pays-Bas.

Le cas d’Israël est beaucoup plus sérieux. C’est un petit pays dont la minorité arabe est très importante (20% de la population et sa fécondité est supérieure à la moyenne nationale). Mais surtout, les Palestiniens candidats à la citoyenneté et à la résidence via le mariage appartiennent à un monde arabe hostile qui se considère comme en guerre avec lui et qui souhaite quasi unanimement sa disparition. Le mariage entre arabes israéliens et palestiniens peut alors devenir une arme stratégique, au même titre que la fameuse « guerre des ventres » ou le retour des réfugiés palestiniens. Accepter ce flux de population palestinienne transplantée dans son territoire s’apparenterait à un véritable suicide national.

On attend à présent les textes vengeurs de nos croisés des droits des peuples victimes, des contempteurs de « l’homme blanc » surtout s’il est Israélien et autres « indignés », qui vont crier à l’apartheid comme M. Glavany. Il faudra leur rappeler que M. Mahmoud Abbas a tout récemment exclu qu’un seul Israélien puisse résider dans le futur état palestinien, et que son ambassadeur aux États-Unis a  exclu de son coté qu’Israël continue d’exister, sans s’embarrasser  beaucoup  de vétilleux scrupules juridiques.

Publié dans Lettre n°5

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