Guilad Shalit otage du Hamas depuis bientôt cinq ans

Publié le par Association France Israël Marseille

Pour un autre regard sur le Proche-Orient  Bulletin n° 3 6 juin 2011

 

 

Le sort épouvantable de Guilad Shalit interpelle cruellement celui qui croit que l'humanité tend plutôt à se civiliser.

Voila un garçon enlevé par des jihadistes du Hamas, qui ne bénéficie d'aucun des droits de la personne humaine et cela depuis près de cinq ans. Il a donné en tout et pour tout deux signes de vie dictés par ses ravisseurs, une lettre en juin 2008 et une vidéo en octobre 2009. La Croix Rouge internationale, les instances onusiennes, et les états s'affichant comme les citadelles des droits de l'homme, fournissent en sa faveur un service minimum. Les vertueuses consciences, nombreuses, et les professionnels de l'indignation, qui pullulent aussi, manifestent une réserve tout à fait inexplicable vis-à-vis de la captivité révoltante de ce jeune homme. Rappelons que le franco-israélien a été enlevé sur le sol de son pays, le 26 juin 2006, alors qu'il faisait son service militaire.

Il est patent que les média français, surtout le service public, occultent systématiquement l'otage français Guilad Shalit.

Pourtant, la position officielle des autorités nationales est on ne peut plus claire : Guilad Shalit depuis bientôt 5 ans entre les mains du Hamas, est bien, avec d'autres, un otage français. Lors du "Point de presse" du Quai d’Orsay du 10 janvier 2011, à la question "Incluez-vous Guilad Shalit dans votre liste d'otages ?" la réponse fut : " nous sommes engagés pour la libération de tous les otages : les deux journalistes en Afghanistan, les cinq au Sahel, notre otage en Somalie et le jeune soldat franco-israélien à Gaza." On peut aussi citer plusieurs interventions du président de la République identifiant Shalit comme un otage français.

Pourtant les grands média, et d'abord ceux du service public, continuent d'effacer le nom et l'existence du malheureux Guilad des communiqués quotidiens sur le drame de nos concitoyens enlevés. Mieux, interpellé par Roger Pinto, l'animateur de SIONA, le médiateur de TF1, Jean-Marc Pillas, répondait par une sèche fin de non-recevoir, accusant même le demandeur "de vouloir importer en France le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens". Le directeur de l'information de France Télévision, Thierry Thuilier, affirmait de son coté que le Quai d'Orsay "considère que Guilad n'est pas otage mais un prisonnier de guerre." C'est dire le niveau d'information de cet éminent "directeur" de l'information qui ne sait pas qu’un prisonnier de guerre est protégé par des conventions internationales alors que Shalit est à la discrétion de ses ravisseurs.

En guise de déontologie, ce sont des positions "idéologiques" qui prédominent dans les rédactions du service public français de l'audiovisuel. Bien que nourris par l'impôt des citoyens, des groupes de journalistes ainsi que leur direction éditoriale, formatés dans un moule unique, barricadés dans une impunité qu’ils se sont inventée et pétris de préjugés, s'autorisent à imposer leurs options personnelles comme un bon-vouloir, au mépris de l'information factuelle et du primat des droits de l'homme.

Dans la sphère politique française, le courant Communistes/Extrême gauche/Verts qui fait de l'anti-israélisme son premier fonds de commerce  idéologique, va plus loin que tous les autres dans la course au cynisme et à la bassesse.

Sa tactique consiste à soulever le cas d'un franco-palestinien, Salah Hamouri, impliqué dans une tentative d'attentat en Israël et condamné pour cela à 7 années de prison, pour en faire le pendant, le symétrique, de Guilad Shalit. Le tableau comparatif ci-contre, montre à quel point cette mise en équivalence n'a pas d’autre fin que fournir un parapluie moral à cette variante fanatique et antisémite de l'Islam qui règne aujourd'hui à Gaza.

Enfin, Nabil Shaat, un des principaux leaders de l'Autorité palestinienne, vient de déclarer à l'agence IMRA que "la responsabilité de l'autorité unifiée [Fatah plus Hamas] est de procéder à l'échange de Shalit contre le plus de prisonniers palestiniens possible.... Nous avons 7000 prisonniers politiques en Israël..." (25 mai 2011). Cette déclaration est en contradiction directe avec les accords d'Oslo qui prohibent le recours à la violence. De plus, elle inaugure une nouvelle attitude des "Palestiniens modérés", le Fatah n'ayant jamais recouru à ce jour aux enlèvements et aux demandes de rançon. Voila donc le "partenaire de paix" qui s'aligne sur les pratiques du Hamas.

Par ailleurs, le rapprochement entre Guilad Shalit et les prisonniers palestiniens détenus par Israël n'est pas fondé. Guilad Shalit a été purement et simplement enlevé, sans être accusé d'aucun délit ou crime. Son régime de détention le laisse totalement à la merci de ses geôliers. Par contre, les prisonniers palestiniens ont été convaincus de délits ou de crimes, ils ont été jugés et condamnés, et ils sont soumis à un régime de détention garantissant leur intégrité et leurs droits.

La tragédie vécue par Guilad Shalit a aussi un coté positif. Les kidnappeurs sont en train de se rendre compte que le chantage ne paie pas. Et un important groupe de jeunes conscrits israéliens vient de signer un document demandant à leur gouvernement de ne jamais les échanger contre des prisonniers palestiniens en cas de capture...


Comparaison des situations de Guilad Shalit et Salah Hamouri

C’est la comparaison de la société de soumission et de la société de droit

Pour un autre regard sur le Proche-Orient  Bulletin n° 3   6 juin 2011

 

 

Guilad Shalit

 


Salah Hamouri

 


Nationalité 

Franco-israélien

Franco-palestinien

 

Mise en détention 

Suite à un enlèvement sur le territoire de son pays alors qu'il faisait son service militaire

Suite à une enquête policière et militaire

Nature de l'accusation 

Aucune charge personnelle n'a jamais été formulée contre lui

Il n'est qu'un soldat faisant son service militaire dans l'armée israélienne, sur le territoire israélien non contesté

Participation à un projet d'attentat contre le rabbin Obadia Youssef

Description des faits par le journaliste du "Monde" Bôle-Richard (Le Monde du 20 avril 2008)

"Salah Hamouri et l'un de ses amis, Moussa Darwish, avaient procédé à des repérages. Ce qui n'était pas trop difficile puisque Moussa Darwish avait, par le passé, livré des fruits et des légumes chez le rabbin. Tous deux avaient également commencé à chercher des armes, avant de renoncer assez vite."

Le journaliste atteste aussi de " son appartenance à la branche étudiante du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation radicale de l'OLP "

Fondement  juridique de la détention 

Aucun

Exécution d'un jugement prononcé par un tribunal jugeant selon une procédure contradictoire (peine de 7 années d'emprisonnement pour participation à un projet d'attentat)

Contrairement à ses co-accusés, la sentence a été prononcée par un tribunal militaire car Hamouri a été arrêté à Ramallah.

Modalités de la détention


Lieu 

Dans un endroit tenu totalement secret

 

Dans une prison identifiée

Régimes des visites 

Deux signes de vie en trois ans; une lettre transmise  à ses parents en juin 2008 et une vidéo remise début octobre 2009

Reçoit les visites de sa famille, de visiteurs étrangers, et des représentants diplomatiques français

Conditions de détention 

Totalement inconnues, ce qui pourrait supposer le pire

 

 

 

 

N'a jamais pu recevoir la moindre visite d'une institution ou de sa famille depuis près de 5 ans.

Récit de l'ancien député Jean-Claude Lefort en visite aux cotés du consul de France adjoint:

« Je lui demande comment se passe ses journées en prison. Salah me dit se lever volontairement de bonne heure. Pour aller prendre une douche et surtout lire. Il dévore tous les livres auquel il peut avoir accès. « Je lis Karl Marx, Lénine, etc. », me dit-il en souriant, ses grands yeux bleus accentuant son doux sourire. Puis, outre les repas, « nous sortons dehors plusieurs fois quelques instants par jour. Je fais un peu de sport mais le carré est petit. Nous discutons entre nous où règne une bonne ambiance. Je regarde la télé et suis les informations. Nous pouvons aller dans les geôles des autres pour discuter. Nous sommes classés par groupe : Fatah, Hamas, FPLP. Ils m’ont mis avec les prisonniers FPLP en raison de l’accusation. A 17 heures chacun regagne sa cellule et on nous enferme jusqu’au lendemain matin. Je ne peux pas dire qu’ils me maltraitent.

« L’heure de nous quitter approche. Le Consul adjoint lui demande s’il a des plaintes à formuler auprès de la direction de la prison. « Aucune » répond-il. On se lève. On s’embrasse de nouveau. Il me dit à nouveau de remercier tout le monde.

http://www.europalestine.com/spip.php?article3005&var_recherche=Shalit

Publié dans Lettre n°3

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