France : La politique de la menace ne mène nulle part

Publié le par Association France Israël Marseille

Pour un autre regard sur le Proche-Orient  Bulletin n° 3 6 juin 2011


Ce n’est pas en menaçant Israël de soutenir le projet palestinien de reconnaissance unilatérale d’un Etat devant l’ONU et en s’alignant sur la politique de Ramallah que la France a la moindre chance de jouer un rôle dans l’apaisement très souhaitable du Proche-Orient. Ce n’est pas avec des mythes que la France gagnera en crédit auprès des vrais acteurs du Proche-Orient .

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La locution "prendre ses responsabilités" est en train de s'imposer dans le battage diplomatique française sur le conflit israélo-palestinien, puisque le président de la République et son ministre des affaires étrangères en font actuellement un usage immodéré.

De quoi s'agit-il ? En gros, la France exige une reprise des négociations et elle annonce que si cette reprise n'intervenait pas, si  une conférence internationale ne pouvait se tenir à Paris au début de l'été avec la participation des protagonistes, elle voterait en septembre à l'ONU en faveur de la reconnaissance unilatérale d'un état palestinien dans les "lignes de 1967". Le procédé est d'une perversité machiavélienne, on va voir pourquoi, mais il est aussi contreproductif.

Toute la stratégie de Mahmoud Abbas consiste à éviter de signer un accord reconnaissant Israël. Il veut recevoir sur un plateau un état "dans les lignes de 1967", sans négociations, sans compromis, sans concessions, sans déclaration de la fin de l'état de guerre.

Pour torpiller un accord éventuel, il lui fallait torpiller les négociations qui l'auraient précédé. Il a donc quitté en octobre 2010 les négociations ouvertes en septembre à Washington par Hillary Clinton en prétextant la "reprise des constructions". Il introduisait pour se justifier une condition préalable dans une négociation définie comme sans préalable. Aujourd'hui, dans son refus de négocier, la partie palestinienne a introduit une seconde condition préalable : que les négociations se fassent sur la base des "lignes de 67". Ainsi Abbas est bien sûr qu'Israël ne pourra pas accepter d'aller à Canossa et de passer sous ses fourches caudines.

Le diagnostic de refus palestinien de négocier est limpide et il saute aux yeux de tout observateur. D'ailleurs Nicolas Sarkozy déclarait à l'Express le 5 mai 2011 : "c'était une erreur de mettre la fin de la colonisation comme préalable entre Israël et la Palestine". Si Obama a une grosse part de responsabilité dans cette erreur, c'est quand même Abbas qui s'en est emparé pour mettre une croix sur le processus diplomatique.

Il faut bien comprendre que comme Arafat, Abbas ne signera jamais un texte reconnaissant la souveraineté juive au Proche-Orient et la fin du conflit. Il a consacré sa vie entière à combattre l'état juif. Et s'il s'avisait de renverser la vapeur, il sait qu'il partagerait le destin funeste de Anouar al Sadate ou de Abdallah de Jordanie, exécutés pour avoir voulu passer des accords avec Israël.

Or voila la France qui menace Israël de "prendre ses responsabilités " c'est-à-dire de voter pour la reconnaissance unilatérale comme si elle punissait un refus israélien de négocier. Or chacun sait que dès sa prise de fonction Netanyahou a demandé aux Palestiniens de s’asseoir immédiatement autour d’une table et qu'il a multiplié les gestes pour attester de cette volonté. Il a accepté l'idée d'une solution à deux états, il a réduit considérablement le nombre des check-points, il a décrété un moratoire de 10 mois sur les constructions, etc. La France menace donc de punir Israël parce que Mahmoud Abbas ne veut pas négocier avec lui.  Dans la même déclaration à l'Express Sarkozy poursuit : "Si à l'inverse le processus de paix est toujours au point mort en septembre, la France prendra ses responsabilités sur la question centrale de la reconnaissance de l'état palestinien." Peu lui importe que ce soit Abbas qui maintient le processus de paix "au point mort", il sera récompensé et Israël sanctionné. C'est le "haro sur le baudet" des Animaux malades de la peste de Lafontaine.

"Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
"Au dire de chacun, étaient de petits saints
.

(...)

"Selon que vous serez puissant ou misérable,
"Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Ce qui est navrant, c'est de voir notre diplomatie se faire la supplétive d'un courant palestinien, étranger autant à nos intérêts nationaux qu'à nos valeurs.

Les conséquences de cette option sont considérables.

D'abord un scénario de catastrophe devient possible. Une Assemblée générale de l'ONU qui vote automatiquement une résolution dans les termes voulus par Abbas, un rejet par Israël de ses conclusions, une vague de colère bien organisée débouchant sur des violences, et peut-être la contagion de ces violences vers des pays voisins  tout à fait instables aujourd'hui: l'Égypte, la Jordanie, la Liban.

La seconde issue probable serait la fin des accords d'Oslo. Les accords Oslo II de 1995 prohibent totalement les décisions non négociées. Et l’Europe est l’un des garants de ce traité ! Prenant acte de la manœuvre de Abbas Israël peut s'estimer à son tour dégagé de ses obligations et décréter unilatéralement le périmètre définitif de ses frontières. Il n'y aurait plus de cadre de négociation mobilisable pour quelque processus de règlement que ce soit.

C'est pour éviter l'embrasement et l'impasse définitive que l'administration américaine se déclare si fermement opposée à la reconnaissance d'un état palestinien par l'ONU. C'est pour cela que lors de la réunion du G8 à Deauville, les 26 et 27 mai, Obama s'est escrimé pour que les pays européens se disjoignent des Palestiniens à l'ONU et minorent ainsi la portée de la résolution "automatique". La déclaration finale du G8 stipule d'ailleurs : " Les négociations sont le seul moyen d'avancer sur la voie d'un règlement global et durable du conflit.... Nous appelons Israël et l'Autorité palestinienne ... à s'abstenir de toute mesure unilatérale qui pourraient empêcher des progrès ou de nouvelles réformes..."

Mais il semble que la France ne se sente pas vraiment engagée par un texte qu’elle a signé il y a une semaine avec les plus grands pays occidentaux.

Le dernier plan français, conçu à l'Élysée et présenté par Alain Juppé illustre mieux que de longues analyses l'indigence des positions officielles. Il est toujours fondé sur la menace d’un appui à l’ONU de la reconnaissance unilatérale si les négociations ne reprennent pas .(Les Palestiniens font mine d’en accepter le principe , mais seulement à leurs conditions qu’ils savent inacceptables pour Israël)

Alain Juppé propose dans cet esprit la démarche suivante:

1 - Tenue d'une conférence de paix à Paris fin juin/début juillet pour initier la reprise des négociations;

2 - Négociation initiale pour un état palestinien basé les lignes de 1967

3 - Renvoi à une année plus tard de la négociation sur Jérusalem et les réfugiés.

Ce plan intervient après les déclarations d'Obama du 19 mai, son rétropédalage partiel devant l'AIPAC le 22 , et le refus longuement explicité des autorités israéliennes. Il réaffirme des propositions de fond déjà caduques. Sur la forme il tente de donner à l'Europe un rôle central en comblant le vide laissé par l'Amérique.

Ce plan n'a aucune chance d'aboutir vraiment. Les Israéliens ne tiennent pas à ce que l'Europe terriblement engagée aux cotés de ses adversaires supplante les Etats-Unis. Ils ne sont pas prêts non plus à entamer une négociation avec pour préalable les lignes de 1967 récusées par la résolution 242. (les frontières d’Auschwitz). Et ils ne veulent pas d’une négociation saucissonnée où ils perdraient leur carte territoriale dès le premier round.

D'autre part, ne voulant ni négocier, ni signer d'accord avec Israël, les Palestiniens opineront à Juppé mais ils ne renonceront pas à leur projet de reconnaissance unilatérale.

Il faudra alors que la France prenne ses responsabilités, mais pour la paix cette fois.

Publié dans Lettre n°3

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