Editorial : Gaza, comme butin de guerre

Publié le par Association France Israël Marseille

En tant qu'association d'amitié entre la France et Israël, en recherche de compréhension mutuelle entre les deux pays, commençons par avoir une pensée pour les graves vicissitudes qui menacent la France et le peuple français. Nous ne perdons pas de vue que notre pays est assis sur deux bombes, une bombe financière et une bombe ethnique. Derrière la crise de la dette, qui est la crise d'un leadership incompétent et il faut le dire en partie corrompu, à l'œuvre depuis plusieurs dizaines d'années, pointe le spectre de l'Argentine des années 90. Et, dans le quasi silence des média, les nuits de provocations et d'affrontements des centaines d'enclaves ethniques du pays signalent que le feu de l'explosion ethnique couve. Le Royaume uni en a donné le spectacle cet été. Quelles en seraient les limites en France, beaucoup plus exposée?

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De son coté, l'actualité d'Israël ne déçoit pas l'amateur d'émotion fortes. Un mouvement social d'ampleur inédite, des  défis diplomatiques (le coup de force, ou la mascarade, que M. Abbas orchestre à l'ONU, la réunion Durban III), un environnement déstabilisé (Égypte, Syrie, Jordanie), la déferlante des ambitions turques en Méditerranée, un petit pogrom contre la représentation diplomatique en Égypte, des attentats féroces et des pluies de roquettes up to date sur le Sud. Enfin, last but not least, des informations toujours concordantes sur la poursuite des programmes balistique et nucléaire iranien.

Il faut souligner ici l'origine commune des deux des crises les plus spectaculaires impliquant Israël ces dernières semaines.

La crise avec la Turquie d'abord. Il faut en reconstituer la chronologie à l'envers pour y voir clair. Un rapport de l'ONU du 1er septembre, le rapport Palmer, provoque une explosion de violence haineuse de Erdogan et consorts. Le rapport justifie le blocus israélien de Gaza et met à jour le jeu du faux-nez d'Erdogan, l'IHH turque, déterminée à provoquer Israël avec la flottille de mai/juin 2010. Pourquoi la flottille? En conséquence du blocus de Gaza et de l'opération Plomb durci (c'est à ce moment que s'amorcent les déchainements anti israéliens des Turcs.). Pourquoi l'opération Plomb durci? Parce qu'Israël ayant évacué Gaza en août 2005, ce territoire est devenu, non la Suisse de Méditerranée orientale, mais une enclave dédiée à la guerre sainte islamique. A la racine de l'affrontement Israël-Turquie, l'évacuation de Gaza...

Seconde crise, la mise à sac de l'ambassade israélienne en Égypte. Ses motifs? Une foule furieuse d'apprendre la mort de policiers (ou de soldats) égyptiens dans le Sinaï (de trois à six selon les sources) suite à des tirs israéliens. Pourquoi ces tirs? Parce que de graves attentats coordonnés, impliquant plusieurs dizaines de jihadistes venus de Gaza, en uniforme égyptien, ont été lancés en passant par le Sinaï pour pénétrer en Israël. Puis les agresseurs se sont enfuis en repassant la frontière. Ils ont été poursuivis et des égyptiens ont été touchés dans le chaos du combat. Pourquoi des colonnes de jihadistes venues de Gaza ont-elles pu se former et attaquer aux environs d'Eilat ? Parce qu'en 2005, Israël a évacué Gaza, transformée ipso facto en plate forme d'une guerre offensive. Et pourquoi tout le sud d'Israël, jusqu'à Tel Aviv se trouve depuis 6 ans sous le feu de batteries de missiles de plus en plus perfectionnées? A cause toujours de l'évacuation de Gaza.

Revenons aux circonstance de cette évacuation. Des hommes de l'extrême gauche israélienne (Yossi Beilin) et du Fatah (Yasser Abed Rabbo coaché en coulisse par Arafat en personne) inventent avec l'appui des Européens (incarnés par le Suisse Alexis Keller) un artefact diplomatique étrange, les "Accords de Genève", "signés" le 1 déc. 2003. Les États-Unis de Bush II, croyant vraiment aux motivations "nationalistes" des Palestiniens, s'emparent de cette curiosité (rien d’autre qu’une campagne internationale new look désignant Israël comme le fauteur du conflit) pour exercer une pression extrême sur Ariel Sharon, premier ministre de l’époque. Celui-ci accepte d'évacuer totalement Gaza contre la promesse américaine de frontières vraiment "sures et reconnues" et du non retour aux lignes de 1967. L'engagement de Bush est confirmé par un vote massif des deux chambres américaines. Quelques années plus tard Obama et son administration prétendront qu'ils ne retrouvent pas le texte de l'engagement (une lettre dûment paraphée) et qu'il n'existe pas.

A l'origine des deux tsunamis des dernières semaines, les crises égyptienne et turque, à l'origine de ce nouvel ébranlement d'Israël, il a donc l'évacuation de Gaza. Laquelle n'est rien d'autre en fait, que le fruit, la rétribution, le butin, de la seconde "Intifada", une étape de la longue guerre de l'école arabe palestinienne du mufti Amin al Husseini contre la présence d'un pouvoir non musulman au Proche-Orient.

De ce point de vue, Israël n’a pas gagné mais perdu, sur le tapis diplomatique et médiatique, la bataille de l’Intifada al Aqsa.

Cette leçon du passé proche est la donnée la plus décisive que les actuels dirigeant d'Israël doivent prendre en compte, et que nous devons nous-mêmes comprendre et faire comprendre. Une coalition d'Israéliens dépravés et de Palestiniens habiles, assise sur un fond de violences terroristes, capable d'intoxiquer jusqu'aux sphères dirigeantes américaines, peut contraindre Israël à des concessions stratégiques, confortables à court terme mais véritablement meurtrières à moyen et long terme. En ces jours où le chœur de la bien-pensance occidentale rejoint les vociférations turques et les menaces égyptiennes pour exiger de nouveaux reculs, il nous appartient de rappeler, partout en Occident, que Munich c'est la guerre, et que donner plus d'espace aux bellicistes du Hamas comme du Fatah, c'est l'assurance d'une fournaise dont la langue incandescente n'épargnerait pas les rives nord de la Méditerranée.

Publié dans lettre n°4

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