France, une politique étrangère illisible

Publié le par Association France Israël Marseille

Extraits d’un article de Michel Gurfinkiel du 20 septembre 2011

http://www.michelgurfinkiel.com/articles/386-France-Une-politique-etrangere-illisible.html

gurfinkiel

      La France s’en est toujours tenue, jusqu’à présent, à la définition classique de l’Etat : un gouvernement aux rouages clairement définis, exerçant de manière incontestée son autorité sur une population, à l’intérieur d’un territoire exactement délimité. De toute évidence, la Palestine (ou ce que l’on entend par là) ne correspond pas actuellement à ces critères. Elle n’a pas un gouvernement, mais au moins deux, qui prétendent chacun être le seul véritable.

Ces deux pouvoirs exercent leur autorité, chacun dans sa sphère géographique, de manière arbitraire et tyrannique ; l’un et l’autre sont contraints de composer avec d’autres pouvoirs, soit domestiques (éléments dissidents), soit étrangers (Etat d’Israël, institutions internationales, autres Etats ou entités étrangères intervenant à des titres divers dans sa vie interne).

Enfin, ils revendiquent l’un et l’autre des territoires relevant sans discussion aucune d’un Etat reconnu par la communauté internationale – Israël – ou susceptibles de lui être rattachés en fonction du droit international.

Ces faits auraient dû persuader la France de s’opposer avec force, dans les circonstances actuelles, à la reconnaissance internationale d’un soi disant Etat de Palestine. Elle ne l’a pas fait.

Elle a même envisagé de s’abstenir dans les débats qui auront lieu sur ce sujet à l’Assemblée générale et peut-être au Conseil de Sécurité : ce qui revient à donner une même valeur aux deux thèses en présence, celle qui est conforme au droit et aux usages, et celle qui les ignore. 

· La France qualifie la ligne de démarcation israélo-transjordanienne puis israélo-jordanienne en vigueur de 1949 à 1967 de « frontière internationale » et veut contraindre Israël à s’y retirer. Mais elle ne l’a pas reconnue elle-même pour telle, notamment à Jérusalem, puisqu’elle refuse, aujourd’hui encore, de considérer le secteur contrôlé par les Israéliens dans les années 1949-1967 – « Jérusalem-Ouest » - comme une partie intégrante de l’Etat hébreu, et donc d’y installer une ambassade.

· Même si les lignes de 1949-1967 avaient un statut de «frontières internationales», la France ne pourrait remettre en question le droit d’Israël, explicitement admis et affirmé par la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’Onu, consécutive aux agressions arabes qui avaient conduit à la guerre des Six Jours, de disposer de frontières « sûres et reconnues », et de conserver au moins une partie des territoires conquis à l’occasion de ce conflit, y compris à Jérusalem. Pourtant, elle le fait constamment.

· La France ne rejette pas d’emblée et explicitement la revendication tendant à faire de Jérusalem – ou de «Jérusalem-Est» - la capitale d’un Etat arabe de Palestine.

Elle s’élève pourtant explicitement contre la revendication opposée, beaucoup plus fondée en droit, tendant à faire de cette ville, ou du moins de « Jérusalem-Ouest »,  la capitale de l’Etat d’Israël.

· La France affirme, selon la formule du général de Gaulle, que « sa cause est celle de l’homme ».

Elle a fait du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, depuis que le roi Louis XVI a apporté son soutien à la cause des Insurgents américains,  un principe de sa politique étrangère.

On ne comprend pas, dès lors, qu’elle n’exige pas des pays arabes et islamiques en général et des pouvoirs arabes palestiniens en particulier de reconnaître explicitement, sans faux fuyant ni ruse sémantique, le droit des Israéliens à disposer d’eux-mêmes, avant de reconnaître celui des Palestiniens.

· Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’applique en particulier à Jérusalem.

On ne comprend pas que la France, si prompte à invoquer ses principes, n’ait pas accordé plus de considération à l’importance exceptionnelle que Jérusalem revêt pour le peuple juif et pour les Israéliens, ni au fait que les Juifs y constituent la majorité relative de la population depuis 1845, et la majorité absolue depuis 1868.

On ne comprend pas non plus que la France soit indifférente aux sentiments des Arabes palestiniens vivant à «Jérusalem-Est» qui, selon un sondage réalisé en 2010 et actualisé en 2011, préfèrent à 70 % Israël à un Etat de Palestine.

· La France demande aujourd’hui à l’Union européenne d’adopter une attitude commune à l’Onu sur la question israélo-palestinienne.

Ce qui, la moitié de l’Europe étant opposée à la reconnaissance, dans les circonstances présentes, d’un prétendu Etat de Palestine, revient à vouloir imposer à cette moitié le point de vue pro-palestinien de l’autre moitié. 

Publié dans lettre n°4

Commenter cet article