Un peu d’inceste peut créer beaucoup de consanguinité

Publié le par Association France Israël Marseille

"Un autre regard sur le Proche-Orient" n°2 mars 2011

 

Devant les très violentes attaques provoquées par ses attitudes sur la question tunisienne, Michèle Alliot Marie faisait peine à voir avant son éviction du gouvernement. Comme dans le cas du solide ministre Éric Woerth, l'opposition s'acharnait sur la personne, transformant le débat politique en accusations personnelles destructrices. Après tout la fausse affaire des diamants de Bokassa avait permis à François Mitterrand d'occuper les palais de la République pendant 14 années.

Mais à la réflexion, l'affaire MAM n'est pas mineure. Voila une personnalité française au cœur du pouvoir, qui entretient des relations très amicales avec un magnat tunisien, Aziz Miled, lequel est aussi en affaires avec sa famille. Rien d'extraordinaire si ce n'est que la juxtaposition affaires/pouvoir/amitiés étrangères (arabes en l'occurrence) est un peu sulfureuse. Rien d'extraordinaire car une bonne part de nos élites politiques font leurs délices, sans doute bien davantage que MAM, de ce genre de relations.

On en a eu un témoignage immédiat en apprenant dans la foulée qu'Elisabeth Guigou, cette statue du commandeur es-blancheur, co-présidait avec son mari, un think tank, l'IPEMED, voué à la promotion des relations euro-méditerranéennes, lequel vivait des subsides du même Aziz Miled et de beaucoup d'autres hommes d'affaires arabes de la même eau.

Mais la surprise est venue quand on a appris que l'IPEMED était un carrefour couru où se croisaient notre gauche et notre droite avec JP Raffarin ou Alain Juppé d'un coté, Védrine et Guigou de l'autre, mais aussi français et étrangers portant des noms aussi ravissants que ceux de Javier Solana ou Romano Prodi. En un mot la fine fleur de la politique arabe française et européenne s'ébrouait dans le doux écrin offert par l'argent des nomenklatura arabes nourries au lait de la corruption, de l'extorsion et de la répression. Pour compléter le tableau, le compagnon de MAM, Patrick Ollier, s'avère être le thuriféraire inconditionnel de Mouammar Kadhafi, le promoteur de son image en France, au point de prétendre que la brute libyenne lisait Montesquieu. Contre quoi en échange ?

Nous nous sommes retrouvés là au centre de l'un de ces dispositifs d'influence du monde arabe sur la politique française, consistant à arroser des têtes de réseau au centre du pouvoir du pays, avec en ligne de mire deux types d'objectifs. D'abord toujours plus d'enrichissement personnel au profit des cliques des pouvoirs arabes aujourd'hui piétinés par la rue. Mais aussi la pérennité des politiques de diffamation d'Israël, et de délégitimation du poucet proche-oriental dans les instances internationales.

L'épisode MAM a donc permis de lever fugacement un pan du voile sur les relations incestueuses entre les sommets des pouvoirs européens et les cliques dictatoriales répressives et parfois sanguinaires qui maintiennent depuis des décennies les peuples arabes dans la misère et la désespérance. Relations incestueuses érigées sur le socle de la détestation d'une minuscule démocratie assiégée, l'état juif du Proche-Orient. L'Europe en finira-t-elle un jour avec son obsession antisémite immémoriale ?

 

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Publié dans lettre n° 2

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